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L’Histoire du domaine

Le domaine des Princes de Condé à Chantilly

Les seigneurs de Senlis installent au Xème siècle une forteresse sur un pic rocheux au cœur des marécages de la vallée de la Nonette sur le site actuel de Chantilly. Les princes de Condé travailleront à agrandir et embellir ce domaine hérité des Montmorency, après restitution par Louis XIII. Viendront ensuite la Révolution et le morcellement de l’ensemble. À son retour d’exil en 1871, Henri d’Orléans – fils de Louis-Philippe roi des Français, duc d’Aumale et unique héritier du dernier prince de Condé – tentera de reconstituer le domaine et de lui rendre sa splendeur d’antan, le dotant de ses nombreuses collections amassées à l’étranger. Malgré tous ses efforts, le jardin ne retrouvera jamais ses dimensions de l’Ancien-Régime, la ville s’étant étendue à l’emplacement du jardin occidental et de l’ancien bois des Cascades, séparant le Pavillon de Manse du château. Lui-même sans descendant, le duc d’Aumale rédigera son testament en faveur de l’Institut de France qui entrera en possession du domaine de Chantilly en 1897.

Le Pavillon Jacques de Manse

À l’ouest du Grand Parterre conçu par André Le Nôtre, les territoires sont drainés à partir de 1684. Un nouveau réseau de canaux assurent la liaison entre le Grand Canal et le lieu-dit la Canardière où la Nonette retrouve son lit naturel avant de se jeter dans l’Oise. En 1677 débute la construction d’une pompe élévatoire à énergie hydraulique. Elle a pour objectif d’élever, grâce à la force motrice de la rivière l’eau d’un bassin creusé dans la roche calcaire jusqu’à un réservoir situé sur la Pelouse, 17 mètres plus haut. Le projet - achevé en 1680, soit 4 ans avant la mise en service de la Machine de Marly - permettra d’alimenter en eau le jardin occidental du Grand Condé. Pour dissimuler cette machine hydraulique et ne perturber en rien la promenade des hôtes du Prince, Hardouin-Mansart conçoit un pavillon esthétique, non sans ressemblance avec les pavillons d’entrée du château. Son architecture symétrique, assise sur une base carrée, est optimisée pour sa fonction qu’elle dissimule ; ses quatre niveaux ont chacun une utilité distincte : Le cœur de la machine (la roue à aubes, l’arrivée d’eau et les six corps de pompes) se situe en dessous du niveau du sol. Le rez-de-chaussée sert vraisemblablement d’atelier de réparation, laissant passer la roue et un tuyau vertical. Le premier étage abrite le logement du gardien du Pavillon et des vannes. Le grenier abrite une « bâche », jouant le rôle de réservoir-relais avant celui de la Pelouse. L’ensemble était coiffé d’un lanternon à coursive - aujourd’hui disparu - qui permettait de communiquer à vue avec le personnel du réservoir de la Pelouse. Contrairement aux pompes situées sur la Seine qui se doivent d’être mobiles pour s’adapter aux crues de la rivière, celle de Manse peut profiter du débit sans heurt de La Nonette à l’abri du Pavillon. Celles de Paris, dites pendantes ou mobiles, sont établies sur des pieux en bois plantés dans le fleuve et évolue avec le niveau de ce dernier tandis que la machine de Chantilly est installée sur une base fixe et solide : le banc de calcaire dans lequel La Nonette a creusé sa vallée.

Le système sera performant et pérenne puisqu’il restera en place sous la Révolution pour alimenter les fontaines de la ville et l’hospice Condé via le Grand Réservoir de la Pelouse. Les réparations les plus fréquentes jusque là concerneront les problèmes d’étanchéité du réservoir de glaise et des tuyaux qui supportent mal la pression.

L’ensemble est modernisé par le duc d’Aumale au XIXème siècle, la machine de Manse est alors remplacée en 1846 par une plus moderne. En 1877, le bâtiment accolé au Pavillon XVIIème est repensé et le duc d’Aumale y fait installer une station de pompage alimentée par une turbine, plus performante. Lors du legs du duc d’Aumale à l’Institut de France, le Pavillon de Manse proprement dit (bâtiment XVIIème) a cessé son activité mais la blanchisserie et la station de pompage installées par l’héritier des Condé fonctionneront respectivement jusqu’en 1970 et 1978, date à laquelle la turbine tombe en panne et le bâtiment dans l’oubli. Il faudra attendre 15 ans pour que soient redécouverts les trésors de techniques et d’histoire qu’il renferme. (cf « quelques dates » et « lieux d’exception »)


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