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La Machine des Grandes Eaux

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La curiosité n’est pas un vilain défaut au Pavillon !

Les « Grandes Eaux » sont un spectacle grandiose dont les acteurs sont des grands jets, des gerbes, des fontaines, des petites et grandes cascades conçu et mis en scène par Le Nôtre pour une clientèle privilégiée par le rang et la fortune, principalement, le roi Louis XIV et sa parentèle à Versailles, Marly, Saint Cloud, Sceaux, Meudon et … à Chantilly !

Ces spectacles étaient très coûteux.

Pour faire jaillir et couler en abondance, il fallait rassembler une quantité d’eau phénoménale dans d’immenses réservoirs.

Pour remplir ces réservoirs, il fallait mobiliser toutes les ressources hydrauliques d’un lieu. A Versailles, en désespoir de cause, il fallut faire appel à des machines les fameuses machines élévatoires de Marly.

Quelques années auparavant, le prince de Condé, cousin du roi, optait compte tenu de la topographie et de la géologie du lieu pour la seule solution mécanique. C’est ainsi que, en 1679, fut implanté à l’abri du Pavillon de Manse, la machine élévatoire des « Grandes Eaux » de Chantilly.

Des machines de cette importance, il n’y en avait que quatre en France deux à Paris, une à Versailles et à Chantilly !

Toutes ces machines et leurs abris ont disparu sauf à Chantilly

Le Pavillon de Manse est le seul vestige intact de cette époque.et le seul endroit dans le monde où l’on peut voir la machinerie du 17ème siècle reconstruite à l’identique en fonctionnement.

La roue de près de huit mètres de diamètre (7m80), entièrement en bois à l’exception des six corps de pompes et des systèmes « bielles/manivelles/vilebrequins », a repris sa place grâce aux efforts de nombreux bénévoles, et l’aide des plans réalisés par des étudiants de l’Université de Technologie de Compiègne. Découvrez également son modèle réduit, également en mouvement, qui en présente le fonctionnement.

Extrait Mémoire GEC CM2009

[Extraits ...] André Le Nôtre est mis à contribution dans de nombreuses propriétés des Grands du royaume où il conçoit, aménage, modifie les parcs et jardins. Sont abordées ici en priorité ses contributions inhérentes aux jeux d’eau et contemporaines de Versailles ou Chantilly. L’étude de ces interventions révèle une prédominance sur les rives gauches de la Seine en aval de Paris et plus précisément entre la vallée de l’Yvette et la Seine, en amont de Saint-Germain-en-Laye. C’est à l’époque un paysage de forêt, entaillé globalement d’ouest en est par les vallées de la Bièvre et de l’Yvette et les boucles de la Seine, présentant une altitude approchant les cent mètres au-dessus du niveau de la mer en moyenne pour un maximum à 180m du côté du plateau de Meudon. La Bièvre coule entre 160 mètres et 50 mètres, la Seine aux alentours de 30 mètres au-dessus du niveau de la mer. De fait le paysage présente un relief prononcé, tout en dénivelés. La nature du sous-sol est approximativement homogène sur cette partie du territoire : quelques dizaines de mètres de marnes argileuses (30 mètres au niveau de Versailles) recouvrent une couche de calcaire grossier type « craie » du secondaire de plusieurs centaines de mètres d’épaisseur. Des infiltrations de sable grossier et de sédiments déposés dans les vallées viennent ponctués l’ensemble. L’eau peut alors circuler en sous-sol dans les failles du calcaire et reste retenue en surface par l’agile peu perméable.

PREMIÈRE PARTIE : LE NÔTRE, DE VERSAILLES À CHANTILLY

I. Le domaine singulier du Grand Condé à Chantilly
- A. Un site en fond de vallée
- B. Le jardin des Montmorency
- C. Autour des parterres d’André Le Nôtre
- D. L’ouest des jardins et la Machine de Manse

D. L’ouest des jardins et la Machine de Manse

1) Chronologie
- 1677–1680 : Travaux concernant le Réservoir de la Pelouse, la machine hydraulique et les grandes Cascades
- 11 novembre 1678 : Jacques de Manse prévoit la mise en eau pour mars 1679, soit quatre mois plus tard
- 1678–mars 1679 : chantier du réservoir
- Mars 1679 : la bâche du Pavillon est en place, le bâtiment est achevé, le terrassement du réservoir aussi
- Mars–avril 1679 : la roue est réalisée puis posée
- Juillet 1679 : les corps de pompe sont assemblés
- Mai 1680 : Le réservoir de la pelouse est corroyé
- Juin 1680 : la machine est inaugurée

2) La Machine hydraulique À l’ouest du parterre de l’Orangerie, les territoires sont drainés à partir de 1684 par un nouveau réseau de canaux, depuis le Grand Canal jusqu’au lieu-dit la Canardière où La Nonette retrouve son lit naturel avant de se jeter dans l’Oise.

En 1677 débute la construction d’une pompe élévatoire à énergie hydraulique. Elle a pour objectif d’élever l’eau de la rivière jusqu’à un réservoir situé sur la Pelouse, 17 mètres plus haut. Le projet, achevé en 1680, permettra d’alimenter en eau le jardin occidental du Grand Condé et figurera parmi les derniers aménagements réalisés à la demande de ce dernier à Chantilly.

La correspondance du Prince avec le sieur de Manse ou les intendants détaille les travaux de la machine et du Pavillon destiné à soustraire cette dernière à la vue des visiteurs en même temps que l’abriter des intempéries.

Le chantier se déroule presque sans heurt ; la livraison prendra quelque retard puisque Jacques de Manse, inspecteur des gabelles à Montpellier et hydraulicien en charge de la machine de Chantilly, prévoit sa mise en eau pour le mois de mars 1679 mais cette dernière n’aura lieu que le 6 juin 1680. Le premier essai sera toutefois concluant et valide le principe de fonctionnement de la machine de Manse. On rapporte que l’ingénieur n’avait commis d’erreurs que sur le calcul du diamètre de deux tuyaux sur l’ensemble de l’installation !

La difficulté de l’approvisionnement en tuyaux est réelle bien que contournée rapidement : il est impossible de se fournir en tuyaux de fer à cause de la guerre de Hollande et de l’indisponibilité du matériau, on installera donc des tuyaux de bois percé sur la propriété de Chantilly au moulin d’Avilly, le sieur de Manse précisant que cette solution peut n’être que provisoire et partielle, le grès remplaçant le bois au-delà du réservoir. Les difficultés rencontrées pour joindre les différents types de tuyaux seront surmontées grâce à l’expérience des ouvriers de Versailles qui expérimentent de nouvelles techniques sur le chantier voisin. La pompe est spécialement conçue de manière à limiter les à-coups qui fragiliseraient les tuyaux.

Le bâtiment fait preuve d’esthétique bien qu’il se situe à l’extrémité occidentale du domaine. Ce pavillon attribué à Jules Hardouin Mansart présente une ressemblance avec les pavillons d’entrée du château. Son architecture symétrique, assise sur une base carrée, est optimisée pour sa fonction, ses quatre niveaux ont chacun une utilité distincte :
- Le coeur de la machine (la roue à aubes, l’arrivée d’eau et les six corps de pompes) se situe en dessous du niveau du sol.
- Le rez-de-chaussée sert vraisemblablement d’atelier de réparation, laissant passer la roue et un tuyau vertical.
- Le premier étage abrite le logement du gardien du Pavillon et des vannes.
- Le grenier abrite une « bâche », jouant le rôle de réservoir-relais avant celui de la Pelouse.
- L’ensemble était coiffé d’un lanternon à coursive aujourd’hui disparu qui permettait de communiquer à vue avec le personnel du réservoir de la Pelouse.

La machine de Manse est alimentée par une dérivation du Grand Canal de Chantilly qui prend alors le nom de Canal de la Machine. Elle puise en sous-sol l’eau de source qu’elle élève grâce au courant de la rivière qui actionne la roue. Une telle machinerie nécessite un entretien minutieux et fréquent, décrit en partie dans deux traités identiques de la fin du XVIIIème siècle. Le système sera performant et pérenne puisqu’il restera en place sous la Révolution pour alimenter l’hospice Condé via le Grand Réservoir de la Pelouse. Les réparations les plus fréquentes jusque là concerneront les problèmes d’étanchéité du réservoir de glaise et des tuyaux qui supportent mal la pression.

3) Les jeux d’eau alimentés par la machine de Manse
- La bâche du Pavillon alimente vraisemblablement en direct le Grand Jet de 60 pieds
- Le réservoir de la Pelouse alimente par gravité : les cascades de Beauvais, la fontaine de la Tenaille, le Boulingrin (une gerbe et huit jets), la ménagerie, la grande Cascade et la Faisanderie.

D’après la Feste de 1688, la Grande Cascade se compose « d’un demi-octogone d’architecture […] Il y a trois gradins de gazon, neufs bassins qui reçoivent l’eau de neufs grands vases. Au-dessous des gradins vont encore d’autres bassins les uns sur les autres, au premier desquels est une grosse gerbe d’eau […] des jets d’eau, lesquels, avec les nappes s’échappent des mêmes bassins[...]. Au-dessus de tout le pourtour du demi-octogone sont des bassins taillés très proprement, du milieu desquels sortent plusieurs lances, de même que du fond du bassin ». Vient ensuite le corps de la cascade avec ses gradins, ses lances, ses nappes, ses bouillons. Après être passée par une nappe totalisant plus de 50 pieds de tour (soit plus de 16m) l’eau s’engouffre sous terre avant de ressortir dans les quatre derniers bassins et de rejoindre le Canal Saint Jean. Entre la tête et le corps se trouve un bassin octogonal de cinq jets. [...]


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